08 novembre 2006

Artmédia, agence des stars et star du business.

Artmédia est la première agence artistique d'Europe. Depuis sa création en 1960, trois patrons emblématiques s'y sont succédé. Voici les clés de son succès :

bertrand de labbey.jpgLe Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, avec Audrey Tautou, enchante tous les Français et atteint la barre vertigineuse de 8,5 millions d'entrées. Astérix : mission Cléopâtre , avec Jamel Debbouze cartonne à plus de 14,2 millions d'entrées. Le polar 36, quai des Orfèvres avec Gérard Depardieu et Daniel Auteuil crève les prévisions du box-office à 2 millions d'entrées. Derrière ces têtes d'affiche - monstres sacrés ou révélations - qui font les « cash machines » du cinéma français, il y a Bertrand de Labbey.

C'est le patron d'Artmédia, la première agence artistique européenne. L'homme a un physique d'acteur. Mais il n'a jamais tourné dans un film. Passionné par le septième art, il a préféré jouer le métier d'agent de stars. Artmédia rassemble le gotha du cinéma français, soit 600 artistes (comédiens, scénaristes, réalisateurs, metteurs en scène, compositeurs de musique) pilotés par dix agents.

La société réalise un chiffre d'affaires de 8 millions d'euros et dégage une rentabilité de 38 %. De quoi faire pâlir d'envie n'importe quel chef d'entreprise ! Mais ce métier intuitu personae , certes lucratif, est très protégé. On compte 140 agents licenciés auprès du ministère du Travail et une cinquantaine d'agences en France. Intertalent, le principal rival d'Artmédia, arrive loin derrière avec 2,6 millions d'euros de chiffre d'affaires, au coude à coude avec Cinéart. Difficile de lutter contre le label Artmédia !

Au commencement était Lebovici.

L'aventure commence avec Gérard Lebovici, un dandy d'extrême gauche, qui fonde en 1960 une société qu'il baptisera Artmédia cinq plus tard. Sorti du Conservatoire d'art dramatique, il est plus doué pour défendre les droits de ses amis que pour jouer lui-même. Il gère les carrières des plus grands, comme Romy Schneider, Jean-Paul Belmondo, Pierre Richard...

C'est l'époque de la nouvelle vague : il soutient aussi bien des films d'auteur que des films populaires. Personnage complexe, Gérard Lebovici est à la fois le compagnon de route des situationnistes, ami de Guy Debord, qu'il édite à Champ libre (la société d'édition qu'il dirige), et l'homme d'affaires intuitif, stratège, à la tête d'Artmédia. Son agence d'imprésarios est devenue la première en Europe. Il insiste auprès de Bertrand de Labbey pour que celui-ci monte la filiale musique d'Artmédia.

Finalement, celui qui avait démarré au Rideau rouge se laisse convaincre et crée Voyez mon agent (VMA), un clin d'oeil aux cinéphiles qui ont en mémoire la réplique culte de Jayne Mansfield dans La Blonde et moi . Bertrand de Labbey creuse son sillon dans le milieu de la chanson. Et c'est justement une actrice blonde, Catherine Deneuve, qui lui demande de la représenter. Elle est persuadée qu'il peut aussi diriger des acteurs.

« Chez VMA, j'ai atteint en trois ans un chiffre d'affaires correspondant à la moitié de celui d'Artmédia. C'était plutôt encourageant », se souvient-il, émoustillé par cette concurrence alors qu'il détenait une participation de 10 % chez Artmédia.

Labbey, l'homme providentiel!

Législation - un agent ne peut pas être producteur - et pressions professionnelles accélèrent le destin du fondateur d'Artmédia. A la fin de 1982, Gérard Lebovici crée Acteurs, Auteurs, Associés et produit les films de Truffaut, Resnais, Rohmer...

Ravi de faire la nique aux producteurs classiques, Gaumont en tête évidemment. Jusqu'au-boutiste, flirtant volontiers avec le danger, il édite le livre de Jacques Mesrine. Trois ans plus tard, il est mystérieusement assassiné dans sa voiture. On retrouve son corps dans un parking de l'avenue Foch, mais l'instruction n'aboutira jamais.

Certains pensent qu'Artmédia va battre de l'aile. Pourtant non ! Son associé, Jean-Louis Livi, tient déjà bien la barre de l'agence. Il développe l'affaire et est saisi à son tour par le virus de la production. Qui peut alors reprendre les rênes d'Artmédia ?

L'homme providentiel, c'est Bertrand de Labbey. Celui-ci accepte la direction de la maison mère, à condition de posséder la majorité du capital. Pour cela, il emprunte 13 millions de francs, en 1990. « Quand on a un certain âge, on gagne du temps en rachetant une affaire, commente-t--il. Il m'a fallu deux ans pour me faire accepter par les artistes que je connaissais mal. Daniel Auteuil est parti puis il est revenu au bout d'une semaine. Isabelle Adjani et Patrice Chéreau m'ont rejoint. D'autres ont immédiatement suivi... »

Les agents aussi ont du talent.

Bertrand de Labbey regroupe Artmédia et VMA. Il ne s'agit là que d'une fusion de fait car les sociétés sont juridiquement autonomes, mais hébergées sous le même toit. Si Artmédia réunit tant d'artistes, c'est parce que les agents ont, eux aussi, du talent. Alors, normal, Bertrand de Labbey possède 66 % des parts de la SARL, Dominique Besnehard 10 % et les 24 % restants sont répartis entre cinq femmes agents associées et salariées.

Ils sont intéressés aux bénéfices et partagent la coquette somme d'environ 1,5 million d'euros par an. Mais le métier est exigeant ! Dans les coulisses de l'agence, on bataille dur.

« Il n'existe aucune filière de formation, fait remarquer Ghislain Deslandes, directeur scientifique du master médias à l'ESCP-EAP. Il faut être fin psychologue auprès des artistes, tout en étant un marketeur-juriste auprès des producteurs. Et, sans sensibilité artistique, on ne peut réussir. » Après vingt ans chez Artmédia, Dominique Besnehard, l'agent « star », tire sa révérence, désireux d'exercer le métier de producteur.

Il entend « recaser » ses 150 artistes en interne d'ici à son départ. Pour maintenir son leadership, Bertrand de Labbey vient d'accueillir Frédérique Moidon, une directrice de casting reconnue. Au total, elles sont dix à défendre bec et ongles leurs projets. Derrière Isabelle de la Patellière, Claire Blondel, Elisabeth Tanner... il y a une logistique bien huilée : des assistantes, des attachées de presse, des juristes... Reste un peu de temps pour que les agents se déplacent sur les tournages, assistent aux premières et consolent une star déprimée à 2 heures du matin.

 

 

Repères

Un groupe, trois marques... et toujours des célébrités

> Artmédia

Têtes d'affiche : Gérard Depardieu, Daniel Auteuil, Audrey Tautou...
Chiffre d'affaires : 8 millions d'euros
Résultat net : 3 millions d'euros, soit 38 % du CA Effectifs : 35 salariés, dont 10 agents

> VMA (Voyez mon agent)

Têtes d'affiche : Isabelle Huppert, Fabrice Lucchini, Julien Clerc...
Chiffre d'affaires : 4,5 millions d'euros
Résultat net : 1,6 million d'euros, soit 37 % du CA
Effectifs : 22 salariés, dont 6 agents

> Backline

Têtes d'affiche : Muriel Robin, Patrick Bruel, Marc Lavoine...
Chiffre d'affaires : 15,15 millions d'euros
Résultat net : 449 671 euros, soit 3 % du chiffre d'affaires
Effectifs : 10 salariés