13 août 2006

Amina Senoussaoui Architecte.

Architecte algérienne vivant au Maroc, Amina Senoussaoui a été choisie pour réaliser le futur "Musée du Grand Maghreb", à Marrakech. Ce musée est destiné à la conservation du patrimoine culturel maghrébin, notamment les costumes traditionnels, d'une richesse exceptionnelle.
amina snoussaouiL'architecture, est-ce une science, un art?
L'architecture est surtout un art puisque, tout en obéissant à des contraintes techniques, elle laisse une part à l'imagination, à l'intuition et à la recherche de l'esthétique et de l'harmonie.

Certaines œuvres architecturales sont éternelles et représentatives de l'identité culturelle des populations et de l'histoire de leurs civilisations.

Voyez-vous une différence entre une femme architecte et un homme architecte ?
La femme, de par sa nature, peut paraître plus sensible, plus disponible, moins encline à la créativité désinvolte. Autrement, je ne vois aucune différence majeure entre une femme architecte et un homme architecte. Dans les deux cas, les meilleurs seront les plus sensibles à la création artistique.

L'architecture ne perd-elle pas quelque chose avec un homme architecte?
Non, je ne crois pas! L'homme architecte a une histoire plus longue que celle de la femme architecte mais l'art et la science de l'architecture peuvent être assimilés et utilisés par les deux sexes avec la même qualité.

Il existe certainement une différence entre la perception architecturale de l'homme et celle de la femme, mais la complémentarité et la complicité entre les deux sont des facteurs stimulants et motivants pour la production architecturale.
Comment êtes-vous venue à l'architecture ?
Par vocation, Je rêvais de décrocher mon bac pour entreprendre des études d'architecture.

Comment expliquez-vous cette attirance?
J'ai toujours été fascinée par les réalisations architecturales qui ont jalonné l'histoire de l'humanité et profondément séduite par les œuvres que j'ai eu à admirer aussi bien dans mon pays d'origine, l'Algérie, que dans les quelques pays que j'ai visités, comme la France, l'Espagne, le Maroc, la Tunisie...
Et je voulais contribuer au développement urbanistique et architectural de mon pays.

Vous avez été choisie pour réaliser le Musée du Grand Maghreb...
Le Musée du Grand Maghreb est un projet unificateur qui importe énormément à tout les Maghrébins désireux de voir leur espace géographique unifié. Pour cette raison, c'est un projet exceptionnel.

L'ambition, pour la réalisation de ce projet, du maître d'ouvrage, Monsieur Azzedine Sedrati, son intérêt pour la conservation du patrimoine culturel maghrébin, son amour des arts traditionnels maghrébins, que je partage, sont les principales motivations de mes démarches architecturales dans ce projet.

En effet, l'homogénéité des costumes traditionnels ruraux symbolise l'unicité ethnique et culturelle maghrébine.

Le costume traditionnel a évolué avec les civilisations phénicienne, romaine, chrétienne, arabe et andalouse. Par exemple, le haïk et la handira correspondent à la toge romaine et la djellaba correspond à la bure des moines, etc.

Devant la menace de la disparition de cette richesse culturelle par les effets de la mondialisation, un groupe d'amies, essentiellement des femmes, sensibles aux mêmes causes, ont soutenu M. Sedrati en participant avec lui à la création de la fondation maghrébine.
Cette fondation a pour objectif : la restauration, la sauvegarde et la transmission des patrimoines culturels des pays du Maghreb. La première action de la fondation est la création d'un musée du costume traditionnel maghrébin.

Depuis 5 ans maintenant, la Fondation cherche à réunir une collection de costumes des XVIII, XIXe et XXe siècles, à travers les cinq pays du Maghreb (1.000 costumes anciens, 300 parures, coiffes, ceintures... ainsi que des tableaux, des photographies, etc.).

Le choix du site, à Marrakech, a été dicté par l'importance de cette ville dans l'U.M.A. par ses qualités climatiques favorables à la conservation des costumes et par son ouverture internationale. Enfin, parce qu'elle est uni réelle vitrine du Maghreb.

Dans cette oasis, j'ai voulu intégrer le bâtiment dans ce site urbain historique en le faisant participer à la mise en valeur du patrimoine architectural maghrébin.

Ce bâtiment, qui est destiné à la conservation de la mémoire, offre à nos générations futures et au monde extérieur le parcours historique de nos civilisations.
J'ai voulu qu'il soit le témoignage de la beauté de notre patrimoine architectural.

Le langage architectural choisi puise ses sources dans l'architecture traditionnelle maghrébine, dont les avantages fonctionnels et techniques, issus d'une expérience séculaire, répondent à l'écosystème de nos nations.

Qu'est ce qui peut faire la joie de la femme architecte au Maroc ou dans le Maghreb ?
C'est réussir sa vie professionnelle contribuer à l'évolution de la société. C'est réussir le compromis entre le parti architectural traditionnel et les règles techniques modernes, participant ainsi à la mise en valeur du patrimoine architectural maghrébin.

Propos recueillis par Tarik Essad.